Le premier tour des élections législatives 2017 l’a récemment montré : il est difficile d’intéresser les plus jeunes de nos concitoyens à la politique. Si 51,3% des inscrits sur les listes électorales, soit 24 403 480 d’électeurs, n’ont pas souhaité exprimer leur suffrage, le taux d’abstention est encore plus élevé chez les plus jeunes : 63% des 18-24 ans et 65% des 25-34 ans se sont abstenus de voter au dernier scrutin :

 

abstention

Législatives 2017 : Abstention par classe d’âge / Source Ipsos Steria

 

 

Les causes de ce désintérêt paraissent nombreuses, il est donc difficile d’en dresser une liste complète :

  • méconnaissance du fonctionnement du scrutin et du rôle de député (médias et institutions)
  • incapacité des politiques à mobiliser les plus jeunes ( politiques)
  • non-représentation de ces derniers à l’Assemblée nationale ( société)
  • etc.

Plus généralement, on évoque fréquemment une professionnalisation de la politique qui se pensait jusque-là en métier et non en fonction représentative des citoyens. Lors de ce scrutin législatif, un candidat écrit dans sa profession de foi : Je ne suis pas un professionnel de la politique mais un citoyen issu de la société civile, de la « vraie vie » pour être précis, comme la majorité d’entre vous.

Abstraction faite des causes de l’abstention, c’est peut être aussi l’incarnation, au moins parcellaire, de la société civile (34% de candidats totalement novices en politique investis aux dernières législatives) qui a conduit à placer en tête des suffrages la République en Marche avec 6 391 269 voix. On peut toujours arguer que  cet échantillon n’est pas représentatif de la population française  ou qu’il y a une dynamique après les élections présidentielles qui conduit à donner la majorité au Président élu  il convient néanmoins, si nous souhaitons intéresser le plus grand nombre à la politique de ne pas discréditer ceux qui expriment leurs suffrages.

Passé le temps des causes de l’abstention  (je laisse volontiers l’expertise aux éditorialistes et politologues) vient celui des solutions. Pour intéresser les plus jeunes à la politique, soit les 18-34 ans, les nouveaux médias (SnapChat et Instagram) présentent plusieurs atouts. Pourquoi ? Réponse(s) en 3 points.

(1) SnapChat et Instagram plébiscités par les plus jeunes

 

Alors que Facebook s’apparente désormais à réseau social grand public avec ses 30 millions d’utilisateurs français, SnapChat et d’ Instagram restent majoritairement utilisés par les 18-34 ans :

A y regarder de plus près, ces audiences correspondent, peu ou prou, à celles de nos jeunes abstentionnistes. Concrètement, ils utilisent ces médias sociaux quotidiennement (18 minutes/jour en moyenne sur Instagram, 30 minutes/jour en moyenne sur SnapChat), de fait, l’objectif est d’investir ces médias et, logiquement, de proposer des contenus attrayants.

 

(2) SnapChat et Instagram : seulement divertissants ?

 

Twitter informe, SnapChat et Instagram divertissent. Pour expliquer les spécificités des réseaux sociaux, je me sers souvent de cette phrase comme point de départ. Elle ne veut pour autant pas dire que SnapChat et Instagram ne peuvent être utilisés pour publier du contenu informatif. C’est le cas du compte du Figaro qui diffuse quotidiennement, au format story, un journal d’information sur SnaChat :

 

Ce contenu ne nécessite pas de gros moyens d’acquisition vidéo. Fabriqué avec un smartphone et réalisé par un journaliste, il mêle, images et vidéos ajustés grâce aux fonctionnalités de traitement de SnapChat (émojis, textes, filtres). Ces fonctionnalités sont identiques à celles utilisées par les comptes de particuliers. Le contenu présente une revue d’information dynamique et relativement courte, il est snackable, c’est à dire consommable rapidement par l’audience.

Dans un registre différent, Justin Trudeau utilise SnapChat pour relayer des discours notamment lorsqu’il annonce la tenue de la prochaine conférence Women Deliver à Vancouver en 2019, les snaps intégrés dans sa story sont bilingues et assortis d’émojis :

 

 

Le Premier Ministre canadien se sert également d’Instagram pour communiquer. Fort d’une communauté de plus de 1.3 millions d’abonnés, il publie chaque semaine, cultivant l’art de la mise en scène à travers des contenus émotionnels :

 

Parfois critiqué pour une communication jugée contraire à sa politique, Justin Trudeau bénéficie néanmoins d’une forte popularité, particulièrement chez les plus jeunes qu’il parvient à cibler en se positionnant sur leurs canaux de communication. Encore plus surprenant : 24% des 13-18 ans regrettent de ne pas disposer du droit de vote pour lui accorder leurs suffrages.

(3) Instagram : le terrain local

 

Depuis août 2016, Instagram donne la possibilité à ses utilisateurs de communiquer par l’intermédiaire de stories, contenus consultables 24h par ses contacts. A la différence de SnapChat, qui propose une fonctionnalité semblable, Instagram permet de géolocaliser ses contenus lorsque l’on publie au format stories. Conséquence : les publications géolocalisées sont indéxées par lieu lorsque celui-ci est renseigné. De fait, n’importe quel compte peut rendre ses contenus consultables par tous. Voyage express à Pantin et Aubervilliers via Instagram Stories :

 

 

Non encore totalement appréhendé par les utilisateurs d’Instagram, ce format soulève la question de la confidentialité des contenus postés. On peut imaginer que tous les utilisateurs n’ont pas conscience que les contenus qu’ils postent sont publics. Dans cet objectif, des actions de sensibilisation et de formation à l’utilisation des réseaux sociaux restent nécessaires.

En ce qui concerne les politiques, élus locaux, députés et maires, ce format peut totalement convenir à une communication ciblée à destination des 18-35 ans. Bien sûr, c’est toujours le contenu, et le message qu’il porte, qui sera vecteur d’intérêts. Plusieurs types de contenus peuvent être envisagés. Pour ce faire, la rédaction d’un calendrier éditorial permet d’organiser et de planifier sa communication 2.0.

Abstentionnistes d’hier, citoyens politiques de demain ?

La brève revue de pratique (naturellement non exhaustive) proposée dans cet article ne saurait répondre définitivement à la question. Avant de se tourner vers les solutions suggérées, plusieurs prérequis restent à appliquer : le premier concerne la culture numérique de nos institutions qui doit être renforcées : si les jeunes utilisent les nouveaux médias, les moins jeunes doivent les comprendre. Le second concerne l’accès au haut débit, encore discriminant pour de nombreux territoires, qui doit être développé. Enfin, n’oublions pas que la communication 2.0 n’existe pas sans la communication IRL : aucun élu ne se contente de relayer ses actions par smartphone. Ces outils, bien que devenus essentiels, ne se substitueront jamais à la rencontre de terrain.