L’effroyable série d’attaques terroristes perpétrée à Paris dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre 2015 a conduit la population mondiale à utiliser en masse les réseaux sociaux. S’informer, rassurer, manifester son émotion, faire preuve de solidarité sont autant d’objectifs qui amènent les internautes et mobinautes à rester connectés. A l’heure où nous sommes encore touchés par la lâcheté de ces attaques, il s’agit de dresser un premier bilan (naturellement non exhaustif) de ces usages qui ont parfois inquiété mais aussi réconforté dans l’inévitable période de questionnement que nous traversons.

Facebook déclenche le Safety Check

L’état d’urgence décrété par François Hollande s’est traduit par la mise en place du Safety Check de Facebook. Cette fonctionnalité, imaginée après le tremblement de terre au Japon en 2011, a vu 4,1 millions de personnes  se déclarer ou être déclarées en sécurité, soit 85% des utilisateurs Facebook localisés dans la zone des attaques :

 

hollande

safetycheck

 

En pareilles circonstances, cette fonctionnalité permet de rassurer, notamment en cas de saturation du réseau téléphonique. Elle donne également l’occasion à Facebook de montrer son utilité alors même que le réseau social n’a pas toujours bonne presse auprès de l’opinion.

Si le Safety Check a reçu un écho positif auprès des utilisateurs, sa partialité est évoquée dans la mesure où la fonctionnalité n’a pas été utilisée dans d’autres contextes de danger. L’enjeu pour Facebook est désormais de généraliser le Safety Check en adéquation avec les usages numériques des populations qui varient d’un pays à l’autre. Massivement utilisé en France ces derniers jours, le Safety Check est aussi une occasion pour Facebook de faire état de son hégémonie. En recensant la population déclarée ou étant déclarée en sécurité, Facebook exprime un besoin jusqu’alors jamais couvert par les autorités publiques. Surtout, cette fonctionnalité crée une nouvelle dépendance à l’égard du réseau social, qui, plus rapidement qu’une institution, dispose d’informations de santé publique. Il s’agira également de se poser la question de la recevabilité du Safety Check et de sa fiabilité, une personne pouvant être déclarée en sécurité par un des ses amis Facebook à distance et sans vérifications. Une initiative positive, donc, dont on attend qu’elle dissipe les interrogations à son égard étant entendu que se déclarer ou être déclaré en sécurité ne peut être apprécié de la même façon.

A Twitter la primeur de l’information… 

A ce jour, les hashtags #ParisAttacks et #PrayForParis regroupent près de 10 millions d’occurrences alors que le hashtag #JeSuisCharlie atteignait 5 millions de tweets une semaine après l’attaque du 07 janvier 2015. Ce volume de conversations témoigne de la résonance prise par les attentats à travers le monde :

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Réseau social de l’instantanéité, Twitter est depuis vendredi soir la source la plus fraîche pour s’informer. A 21h37, soit quelques minutes après la fusillade à l’angle des rues Bichat et Alibert, et alors même que les médias traditionnels n’ont pas encore réagi, le tweet illustré de photos posté par Vincent Berthézène, assistant de production à France 2, relate les premiers évènements :

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Ce tweet est l’illustration de la propagation virale de l’information. Il est retweeté par 3450 comptes dont certains sont ceux de journalistes qui vont eux même transmettre l’information à leurs abonnés. Les photos postées comme la biographie du compte émetteur sont de nature à crédibiliser l’information.

Outre la propagation de l’information, cet exemple pose la récurrente question du droit à l’image sur les réseaux sociaux. La réutilisation des photos postées par le compte étant en jeu. Le retweet n’impose aucune autorisation car la source est citée dans le message. En revanche, récupérer l’image sans mentionner son auteur est une atteinte à ses droits sur l’image. La vitesse de circulation de l’information ne se prête pas vraiment à une demande protocolaire. Comme le compte de ABC News, le plus simple est de demander à son auteur, en réponse à son tweet, de réutiliser l’image. Une forme de déontologie qui s’applique de plus en plus sur Twitter.

Après cette première diffusion d’information qui met en alerte la twitosphère les évènements sont relayés, minute par minute, par des personnes présentes aux abords des lieux des attaques :

charonne3

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Charonne2

L’incertitude et le sentiment d’insécurité prennent de l’ampleur lorsque l’exfiltration de François Hollande du Stade de France est confirmée par le compte de Itélé :

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15 minutes après la première explosion, le compte reste, par ailleurs, très prudent quant à sa cause. Un positionnement pondéré, à rebours des accusations de précipitation dont font parfois l’objet les chaînes d’information :     

sdfitele

… et les rumeurs infondées 

Dans ce contexte d’infobésité, amplifié par le choc émotionnel, chaque twittos peut potentiellement jouer le rôle de média. Cette situation génère de fausses informations qui peuvent conduire à des situations de panique et d’inquiétude. C’est le cas lorsqu’une fusillade est annoncée dans le quartier des Halles :

 

fusilladeshalles2

 

Les @decodeurs font état de ces rumeurs qui se sont diffusées dans la nuit de vendredi à samedi. Pour parer à la désinformation, le service d’information du gouvernement propose un guide des médias sociaux en situation d’urgence. Un appui bienvenu, même si il manque d’exemples et de mises en situation concrètes. La crise que nous traversons permettra de se perfectionner et de faire prendre conscience que tweeter une fausse photo ou relayer une fausse information peut être irresponsable. 80% des twittos qui vont consulter l’information sont des mobinautes. En situation d’urgence et de panique, leurs déplacements peuvent donc être influencés par les informations qu’ils consultent dans leur flux d’actualité.

Alors qu’au Bataclan l’assaut du RAID n’est pas encore lancé, le compte de la police nationale donne la voie à suivre pour s’informer et éviter les erreurs d’appréciation :

 

policeparisattaque

 

Hashtag #PorteOuverte

Réduire Twitter à un relai frénétique de fausses rumeurs serait injuste. A l’occasion de ces tragiques évènements, plusieurs twittos ont ainsi offert l’hospitalité à celles et ceux qui se trouvaient aux alentours des zones de danger. Ce mouvement de solidarité, initié par le journaliste @SylvainLapoix, montre que le réseau social peut rapidement se mouvoir en relai citoyen. Si les rumeurs se répandent par effet viral, c’est le même mécanisme qui conduit à la diffusion de ce type d’initiative solidaire :

 

porteouverte

 

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Le hashtag #PorteOuverte compte à ce jour plus de 1.1 million d’occurrences :

heran

Il pourra être envisagé de généraliser ce système d’entraide ou de s’en inspirer dans d’autres contextes tant il peut s’avérer utile. Il est également réconfortant de s’apercevoir que devant de telles épreuves, la solidarité est réelle et spontanée. Celle-ci n’est naturellement pas exprimée par Twitter en tant que tel mais par ses utilisateurs.

 

9 200 comptes Twitter liés à Daech dévoilés…depuis plusieurs mois   

Peu de temps après attaques qui ont frappé la région parisienne, les Anonymous ont réitéré leur volonté de combattre Daech :

En début d’année, les Anonymous diffusaient déjà une liste de 9 200 comptes Twitter en lien avec l’Etat Islamique. Une diffusion dont l’objectif affiché était de dénoncer leurs contenus comme Twitter en donne la possibilité à ses utilisateurs :

 

signaler

 

En faisant un test sur les premiers comptes de la liste, on s’aperçoit qu’une partie d’entre eux ont, depuis, été supprimés :

 

daeshcompte

D’autres sont parodiés par des personnages de manga, une action initiée par les internautes japonais il y a quelques mois dans le but de noyer la propagande djihadiste en raccordant des images animées au hashtag #ISIS :

 

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daesh

A cette heure, d’autres comptes recensés dans ce listing n’ont toujours pas été inactivés par Twitter. Nous pouvons légitimement nous poser la question du rôle que peuvent jouer les réseaux sociaux pour contrer la propagande de Daech. Avant les bombardements, la riposte doit s’organiser sur le front de l’information.